Saint Louis-Marie Grignion de Montfort Règles des Prêtres Missionnaires de la Compagnie de Marie

 FIN PARTICULIRE DE LA COMPAGNIE.

 LEUR DÉTACHEMENT OU PAUVRETÉ ÉVANGÉLIQUE

 LEUR OBEISSANCE

 LEURS ORAISIONS ET EXERCICES DE PIÉTÉ

 LEUR MÉPRIS DU MONDE

 LEUR CHARITÉ ENVERS LE PROCHAIN

 PRATIQUES DE LEURS MISSIONS

 RGLEMENT DE LEUR TEMPS DANS LES MISSIONS

 RGLES DU CATÉCHISME

RGLES DU CATÉCHISME

79. 1. L'emploi de catéchiste étant le plus grand de la

mission, celui qui en [est] chargé par l'obéissance applique

tous ses soins pour s'en bien acquitter; car il est plus

difficile de trouver un catéchiste accompli qu'un parfait

prédicateur.

80. 2. Il tâche de se faire aimer et craindre tout ensemble,

en sorte cependant que l'huile de l'amour surpasse le vinaigre

de la crainte. C'est pourquoi, s'il intimide les enfants par

des menaces et des pénitences humiliantes d'un bon maître, il

les anime comme un bon père par les louanges qu'il leur donne,

par les récompenses qu'il leur promet et leur distribue, par

les caresses qu'il leur fait. Mais jamais il ne les frappe de

la main ni de la gaule. Si cependant quelque enfant était

incorrigible, il l'enverrait recevoir des parents 10 ou 12

coups de fouet ou de gaule.

81. 3. Il use d'une grande fermeté à ce que les enfants ne

causent ni ne badinent au catéchisme; s'il leur pardonne la

première fois, il les menace la seconde, il leur fait faire

une pénitence la troisième et il les envoie chercher le fouet

convenable la quatrième.

82. 4. Comme les enfants sont de leur naturel beaucoup portés

à rire, il tâche de tenir toujours un grand sérieux et de ne

leur rien dire qui les excite à rire tout haut. Il peut

cependant et il doit même égayer le catéchisme, qui de soi-

même est assez sec, soit par des manières engageantes, soit

par de petites pointes d'esprit, soit par de petites et

courtes histoires agréables, afin de plaire par là aux enfants

et de renouveler leur attention.

83. 5. Il a pour grande maxime d'interroger beaucoup les

enfants et de parler très peu pendant qu'il interroge,

réservant à leur faire ou faire faire par quelqu'autre

missionnaire une exhortation pathétique, d'un bon quart

d'heure, sur quelque grande vérité, sur la fin du catéchisme,

afin qu'après avoir éclairé leur esprit par les demandes du

catéchisme, leur coeur soit attendri et touché par cette

exhortation. De toutes les manières, celle-là est la plus

propre pour apprendre en peu de temps le catéchisme aux

enfants et pour les convertir à Dieu, comme l'expérience l'a

fait connaître.

84. 6. Pour le temps et les circonstances du catéchisme,

voici les règles qu'il garde. Il dîne à 11 heures précises. Il

va, après l'angelus de midi sonné, à l'église; il récite le

chapelet avec les enfants tout haut dans l'église, pendant

qu'ils s'assemblent; il chante ensuite deux ou trois couplets

d'un cantique.

85. 7. Le premier ou le second catéchisme de la mission, il

fait asseoir les enfants coude à coude, par âge et par ordre,

comme les neufs choeurs des anges dans le ciel; et il faut que

les enfants gardent cet ordre pendant toute la mission, se

plaçant toujours dans le même lieu et auprès des mêmes

compagnons; et il appelle chaque banc du nom d'un des neuf

choeurs des anges: Chérubins, Séraphins, Trônes, etc. Cette

industrie est merveilleuse: 1 pour tenir les enfants dans

l'ordre et le Dieu de l'ordre parmi les enfants; 2 pour

rendre les enfants attentifs et assidus au catéchisme, le

compagnon de chaque enfant étant obligé d'avertir le

catéchiste de l'absence de son compagnon; 3 pour abréger le

temps du catéchisme, le catéchiste n'étant point obligé

d'écrire ou du moins de nommer le nom des enfants, qui est un

temps perdu, et voyant d'un clin d'oeil ceux qui manquent au

catéchisme et ceux qui y viennent de nouveau.

86. 8. Après le chapelet récité et les enfants arrangés, il

commence le catéchisme en produisant et faisant produire tout

haut aux enfants des actes de foi de la présence de Dieu, des

actes d'espérance, de charité, de contrition, d'offrande du

catéchisme à Jésus-Christ, d'invocation du Saint-Esprit et du

secours de la sainte Vierge et de l'Ange gardien.

87. 9. Ensuite, il fait répéter par un seul ce qui a été

appris dans le dernier catéchisme, propose quelque demande, la

fait répéter par plusieurs l'un après l'autre, selon l'ordre

qu'ils sont rangés, souvent sans rien dire, les désignant

seulement avec la main ou la baguette. Par cette manière qui

ne fatigue pas beaucoup il peut et il doit interroger quatre

ou cinq cents enfants en une heure et demie.

88. 10. Le catéchisme ne doit ordinairement durer qu'une

heure et demie. Quand l'exhortation est faite, il fait sortir

par bancs, si le catéchisme est nombreux, tous les enfants,

d'une manière modeste et paisible, sans leur souffrir ces cris

et ces mouvements précipités qui sont si ordinaires à la fin

des catéchismes.

89. 11. Après le catéchisme fait, il conduit deux à deux les

pauvres, qui ont écouté le catéchisme, à la Providence pour

leur faire donner à dîner avec silence et modestie; et pendant

qu'ils mangent leur soupe, il leur fait faire quelque lecture

ou les interroge encore du catéchisme, étant plus redevable

aux pauvres qu'aux riches.

90. 12. C'est au catéchiste à répondre de la science des

enfants qui sont choisis pour faire leur première communion,

et il doit pour cela garder les règles qui lui sont

prescrites, savoir: 1 de bien les instruire; 2 de parler à

leurs parents; 3 de les examiner exactement pour la science;

4 de s'assurer si les confesseurs leur ont donné

l'absolution, par un certain petit mot, que les dits

confesseurs doivent dire à ceux à qui ils donnent l'absolution

et qu'ils ne disent point aux autres, afin que, par ces

précautions et plusieurs autres, ils empêchent de communier

indignement les enfants, qui naturellement y sont portés par

l'exemple des autres et par la suggestion du malin.

91. 13. Il ne se servira ordinairement que du "Catéchisme

abrégé des missionnaires", dans lequel les enfants, en sept

petites leçons, peuvent apprendre tout ce qui est nécessaire

au salut. Je dis ordinairement; car, si le curé de la paroisse

où la mission se fait a bien instruit ses enfants et leur a

enseigné un catéchisme conçu en d'autres termes, le

missionnaire doit aussi s'en servir, afin de n'embrouiller pas

les idées des enfants, qui apprennent plus par mémoire que par

jugement.