Lettre circulaire aux amis de la croix
[i. excellence de l'union des amis de la croix]
[a. grandeur du nom d'ami de la croix]
[ii. pratiques de la perfection chretienne]
[a. «si quelqu'un veut venir apres moi»]
[b. «qu'il renonce a soi-meme»]
[2. «rien de si utile et de si doux»]
[Pour des écoliers d'un Dieu crucifié!]
26. Amis de la Croix, écoliers d'un Dieu crucifié, le mystère
de la Croix est un mystère inconnu des Gentils, rejeté des
Juifs et méprisé des hérétiques et des mauvais catholiques;
mais c'est le grand mystère que vous devez apprendre en
pratique à l'école de Jésus-Christ, et que vous ne pouvez
apprendre qu'à son école. Vous chercherez en vain dans toutes
les académies de l'antiquité un philosophe qui l'ait enseigné;
vous consulterez en vain la lumière des sens et de la raison:
il n'y a que Jésus-Christ qui puisse vous enseigner et faire
goûter ce mystère par sa grâce victorieuse.
Rendez-vous donc habiles en cette science suréminente,
sous un si grand maître, et vous aurez toutes les autres
sciences, puisqu'elle les renferme toutes éminemment. C'est
notre philosophie naturelle et surnaturelle, notre théologie
divine et mystérieuse, et notre pierre philosophale qui
change, par la patience, les métaux les plus grossiers en
précieux, les douleurs les plus aiguës en délices, les
pauvretés en richesses, les humiliations les plus profondes en
gloire. Celui parmi vous qui sait mieux porter sa croix, quand
il ne saurait d'ailleurs ni A ni B, est le plus savant de
tous.
Ecoutez le grand saint Paul qui, à son retour du
troisième ciel, où il apprit les mystères cachés aux Anges
même, s'écrie qu'il ne sait et qu'il ne veut savoir que Jésus-
Christ crucifié. Réjouissez-vous, pauvre idiot, pauvre femme
sans esprit et sans science: si vous savez souffrir
joyeusement, vous en saurez plus qu'un docteur de Sorbonne,
qui ne sait pas si bien souffrir que vous.